On dit souvent que le compromis « vaut vente ». C'est largement vrai, et c'est précisément pourquoi la signature d'une promesse de vente immobilière engage bien plus qu'on ne l'imagine. Rétractation, condition suspensive de prêt, refus de signer l'acte définitif : voici les règles essentielles, côté vendeur comme côté acquéreur.
1. Compromis ou promesse unilatérale : deux engagements différents
Le compromis (promesse synallagmatique) engage les deux parties : le vendeur s'oblige à vendre, l'acquéreur à acheter, l'acte authentique ne faisant en principe que réitérer l'accord. La promesse unilatérale de vente, elle, n'engage que le vendeur : le bénéficiaire dispose d'une option qu'il lève, ou non, dans le délai convenu, moyennant le plus souvent une indemnité d'immobilisation. Le choix entre ces deux formules n'est pas neutre et mérite d'être réfléchi avant la signature.
2. Le délai de rétractation de dix jours
L'acquéreur non professionnel d'un logement bénéficie d'un délai de rétractation de dix jours (article L. 271-1 du Code de la construction et de l'habitation, issu de la loi SRU), courant à compter du lendemain de la notification de l'avant-contrat. Dans ce délai, il peut renoncer sans motif ni pénalité. Passé ce délai, l'engagement devient ferme : la rétractation n'est plus possible, seules les conditions suspensives peuvent encore libérer l'acquéreur. Le vendeur, lui, ne bénéficie d'aucun droit de rétractation.
3. La condition suspensive de prêt : un filet exigeant
Lorsque l'achat est financé par un emprunt, la promesse est conclue sous condition suspensive d'obtention du prêt. Attention : ce filet de sécurité suppose une réelle diligence de l'acquéreur, qui doit :
- déposer une demande de prêt conforme aux caractéristiques prévues à l'avant-contrat (montant, durée, taux maximal) ;
- effectuer ses démarches dans les délais stipulés ;
- pouvoir justifier du dépôt de sa demande et du refus éventuel de la banque.
L'acquéreur qui empêche l'obtention du prêt (demande tardive, incomplète ou non conforme) est réputé avoir fait défaillir la condition par sa faute : elle est alors considérée comme accomplie, et il reste engagé.
4. Refus de réitérer : quelles conséquences ?
Lorsqu'une partie refuse de signer l'acte authentique alors que les conditions sont levées, l'autre peut poursuivre l'exécution forcée de la vente (le jugement valant alors acte de vente) ou invoquer la clause pénale généralement stipulée, souvent fixée autour de 10 % du prix, que le juge peut modérer si elle est manifestement excessive. Dans la promesse unilatérale, le bénéficiaire qui ne lève pas l'option perd en principe l'indemnité d'immobilisation. Ces litiges sont fréquents : la cour d'appel de Montpellier a encore statué, dans un arrêt du 19 mai 2022, sur un litige relatif à une promesse de vente et à sa non-réitération.
5. Le sort du dépôt de garantie
La somme séquestrée à la signature (souvent 5 à 10 % du prix) est restituée à l'acquéreur en cas de rétractation régulière ou de défaillance d'une condition suspensive sans faute de sa part. Elle peut en revanche être acquise au vendeur si l'acquéreur refuse fautivement de réitérer. Son déblocage est une source récurrente de contentieux avec le séquestre.
À retenir : ne signez jamais un avant-contrat « pour réserver » un bien en pensant pouvoir y renoncer librement ensuite. Passé les dix jours, vous êtes engagé. Conservez la preuve de toutes vos démarches de financement : elles conditionnent le jeu de la condition suspensive.
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Prendre rendez-vousCet article a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation étant particulière, consultez un avocat pour une analyse adaptée à votre dossier.